On en a tellement entendu parler, ici sur les blogs, à la télé avec le festival de Cannes, dans les journaux qui unanimement le plaçaient grand favori des sorties du mois de mai qu’alors même que la bande annonce me laissait plutôt circonspecte, j’ai été au cinéma dans l’espoir de découvrir ce qui avait tant enchanté de si nombreux spectateurs.
Wes Anderson, le réalisateur, fait le pari audacieux d’arriver à mener chacun dans l’univers qu’il a créé pour ses personnages, un univers de boyscouts, de tourne-disques, de fanions et de camps de vacances. « Le générique » sur lequel s’ouvre le film comme on entrebâillerait légèrement une lucarne donnant sur un monde en marge, nous plonge dans un décor savamment pensé, une atmosphère réglée au millimètre où chaque détail a été imaginé pour servir l’histoire que l’on s’apprête à nous raconter. Il nous laisse ainsi prendre doucement place au coin du feu, jouant avec la tradition des soirées de veille où les enfants s’endormaient au rythme des aventures qu’on leur contait. Comme les protagonistes petit format se laisseront captiver au cœur même du film par les séances de lecture nocturne, c’est une salle entière qui s’assied pour découvrir un jeu de pistes grandeur nature qui unira sur une petite île au large de la Nouvelle Angleterre Suzy et Sam, des enfants débrouillards loin d’avoir froid aux yeux.
Guidés par un vieil homme aux allures de père Noël décalé, gardien des savoirs des petites îles de la côte, écho aux prologues des pièces antiques, c’est avec la disparition des deux aventuriers que débute l’aventure d’1h30.
Si j’ai tout de suite été captivée par l’univers décalé avec revue sérieuse des troupes dont la moyenne d’âge ne doit pas dépasser neuf ans et demi sur fond de musique militaire, j’avais beaucoup de mal à voir, au début du film, comment le réalisateur pourrait en faire plus qu’une mission sauvetage pour enfants pré-pubères en fugue. La question qui me taraudait alors était : « c’est bien sympathique, mais aurais-je envie de revoir ce film ? », mais plus encore : « Prendrais-je plaisir à revoir ce film ? ». En sortant de la séance, j’avais trouvé ma réponse : oui, sans hésiter. S’il nous laisse dans le brouillard quant à la destination finale, Wes Anderson n’en perd pas pour autant le nord. Il sait où et comment il mène sa barque pour nous offrir une histoire avec ce qu’il faut d’humour, de péripéties, d’amour et d’aventure que l’on peut apprécier quel que soit notre âge.
Dans ce qui pourrait s’apparenter à une satire en bonne et due forme des colonies de vacances, c’est le décalage entretenu à dessein qui donne à l’histoire tout son piquant et son attrait. L’utilisation à contre emploi des acteurs est proprement hilarante. Le réalisateur a su tirer le meilleur profit de chacun d’entre eux pour qui il semble avoir taillé des costumes sur mesure. Bruce Willis reste l’exemple le plus marquant de ces pieds de nez fait aux rôles dans lesquels on a l’habitude voir chacun s’épanouir. Ainsi, apparaît-il en célibataire endurci, à côté de la plaque la plupart du temps, et bien qu’il ne quitte pas l’uniforme de police qu’on lui connaît si bien, on est très loin du kamikaze qui explose des hélicoptères avec une voiture… Dans le monde créé pour Moonrise Kingdom, les enfants ingénieux, habiles et déterminés coiffent au poteau les adultes dépassés, un joli retournement de situation qui enchantera les plus petits spectateurs et amusera les plus grands.
Un parfait moment de divertissement donc, à partager en famille, par ces beaux après-midi pluvieux de mai.
Bon week-end à tous !



































